Rencontre avec Emmanuel Roudier illustrateur de la Préhistoire


Emmanuel Roudier est scénariste et illustrateur de bande dessinée. Il a publié de nombreux ouvrages lié à la préhistoire. Parmi ceux-là ont retrouve l'adaptation de la Guerre du feu ou bien encore Neandertal (Delcourt) mais aussi la saga Vo'Hounâ.

Il a créé ou contribué à plusieurs jeux de rôle comme Würm ou bien Barbarians of Lemuria.

On le retrouve aussi dans des univers de fantasy avec la bande-dessinée 7 mages en collaboration avec Serge Lehman.



- Comment est né le projet Vo’hounâ ?

Emmanuel Roudier : Cette bande dessinée est née de mon envie – de mon besoin, même, à l’époque ! – de raconter une histoire présentant la rencontre entre Sapiens et Neandertal d’une manière novatrice, tant sur la forme que le fond. À la fin du siècle dernier, il était beaucoup question de « compétition économique » dans la manière d’envisager les relations entre ces deux espèces, et l’idée d’hybridation (je dirais plutôt de métissage) était globalement rejetée. Alors j’ai retroussé mes manches, et j’ai travaillé à élaborer une histoire qui redresserait ces torts ! Ou à tout le moins, qui présenterait ma vision d’auteur, sans doute assez romantique, de la rencontre entre ces deux peuples.


- Quelles ont été tes inspirations ? As-tu fait des recherches pour la création de la saga Vo’hounâ ?

ER : Oui, j’ai fait énormément de recherches, pendant plusieurs années. Et je n’avais pas Internet à l’époque ! J’ai visité des sites, lu beaucoup de livres, discuté avec quelques préhistoriens (j’en connaissais fort peu alors). Et tout cela a nourri mon imaginaire, et a constitué ma principale inspiration pour le contenu de l’histoire. Sur la forme, au moment où j’ai commencé à dessiner les planches de Vo’hounâ, j’étais très marqué par le travail de plusieurs auteurs de BD, comme Jérôme Lereculey, Rosinski, Comès et André Chéret, bien sûr.


- Peux-tu nous donner une anecdote ou un détail caché dans Vo’Hounâ ?

ER : Pour l’anecdote, lorsque j’ai dû dessiner Cheval-cabré en train de fabriquer une hache pour « abattre » Sombrécorce dans le chapitre 3, j’ai voulu (comme souvent) que ses gestes soient vraisemblables. J’ai donc demandé à un ami, Christophe Sence, médiateur en archéologie, de s’y coller pour m’aider. Il a joué le jeu. Il a pris un rognon de silex qui lui restait, s’est quasiment attaché le bras droit dans le dos et a réalisé cette « hache » du bras gauche (alors qu’il est droitier, bien sûr, je précise). Et moi je me suis contenté de prendre des photos ! Je l’en remercie encore aujourd’hui.


- Et avec le recul un regret ou un détail que tu changerais ?

ER : Eh, c’est l’avantage avec le fait que cette édition soit revue et corrigée : tout ce que j’ai eu envie de corriger dans les premières versions de l’histoire, j’ai eu la possibilité de le faire. D’abord pour la seconde édition, où j’ai peaufiné certains dessins et allégé le texte d’origine, et à présent pour cette nouvelle édition, dans laquelle j’ai décidé de revenir sur le choix initial de faire parler les personnages à la troisième personne. Cela donnait certes un petit parfum « primitif », mais rendait aussi la lecture plus lourde. À présent c’est beaucoup plus fluide.


- Est-ce qu’il y aura une suite un jour à Vo’Hounâ ?

ER : Il y a un roman qui fait suite à l’histoire de Vo’hounâ. Il se situe dans le même univers, mais l’action démarre environ vingt ans après la fin des événements de la bande dessinée. Il est signé depuis quelques années avec un éditeur, malgré tout je pense qu’il ne verra jamais le jour. Dommage… Cela dit, il est sans doute trop copieux et en plus il démarrait une trilogie. C’est peut-être mieux ainsi, finalement !


- À quel moment le projet de Würm est arrivé ? Comment est-ce qu’il s’articule avec Vo’hounâ ?

ER : Le projet Würm n’a pas vu le jour sous sa forme définitive immédiatement. Dans les années 90, j’avais créé un jeu de rôle dans la préhistoire qui s’appelait Aube, auquel j’avais un peu joué. Puis, une dizaine d’années plus tard, alors que la première édition de Vo’hounâ était déjà parue, j’ai eu envie de mettre à jour ce jeu de rôle en en faisant un jeu « Vo’hounâ », afin d’y faire jouer mes amis. Ce n’était pas encore le système de règles de Würm, mais en tout cas les essais m’ont permis de me rendre compte que, finalement, je n’avais pas envie de mêler mon univers de fiction intime à celui que je proposais dans le jeu, où les joueurs devaient avoir toute latitude pour agir et créer le récit autant que moi. C’est pour cela qu’à cette époque j’ai rédigé Würm sans aucune référence directe à mes BD. Les passerelles ne se sont mises en place que par la suite.


- Est-ce qu’il y a un « Roudierverse » entre les différents projets préhisto (AO, Néanderthal, Vo’hounâ, La guerre du feu) ?

ER : En fait, ce « Roudierverse » ne s’est mis en place qu’au moment de la 2e édition de Würm, grâce à un ami. Luca Baroni et moi jouons aux jeux de rôle ensemble depuis plus de trente ans, pourtant, quand il m’a annoncé vouloir créer un cadre de jeu pour lancer son groupe de joueurs dans une saga de Würm, j’étais loin de me douter qu’il allait disséquer tous mes ouvrages (Würm, Vo’hounâ et Neandertal, à l’époque), pour structurer à partir d’eux un tout univers cohérent. Un travail que j’aurais certainement été incapable d’accomplir, sans doute par manque de recul. Nous avons baptisé cet univers « les Terres Ancestrales », et j’y situe désormais tous mes récits, quand bien même ceux-ci seraient distants de plusieurs millénaires.


- Est-ce qu’il y a une différence dans la manière de travailler entre créer Vo’houna et adapter la Guerre du feu ?

ER : Oui, surtout durant la phase d’écriture. Dans l’élaboration du scénario de Vo’hounâ, le plus long n’a pas été de créer les dialogues ou de faire le découpage en cases, mais d’inventer une histoire qui exprime exactement mes intentions quant au sujet, de donner vie à des personnages attachant et de trouver des péripéties captivantes, un bon rythme. Tout cela était déjà fait quand je me suis attelé au projet de La Guerre du feu, donc je me suis concentré plutôt sur la manière dont je voulais servir l’univers créé par J.H Rosny Aîné, tout en me l’appropriant et en y glissant ma patte. Au niveau visuel, pour Vo’hounâ j’ai essayé de coller au plus près des avancées de la recherche, alors que pour La Guerre du feu j’ai choisi d’illustrer plutôt la préhistoire telle qu’elle était vue de manière fantasmatique il y a cent ans.


- Es-tu plus dessinateur ou plus scénariste ? Ou bien l’un ne va pas sans l’autre pour toi ?

ER : Pour ce qui me concerne l’un ne va pas sans l’autre. C’est pour ça que je préfère largement travailler sur un projet en portant les deux casquettes. Après, je suis illustrateur de métier et je dessine depuis toujours, donc le dessin est pour moi une activité naturelle, un mode d’expression et un outil de communication. Scénariser, raconter des histoires, cela relève chez moi d’un besoin beaucoup plus intense, celui de partager une vision du monde, un imaginaire à travers un récit. C’est ce qui fait que je prends toujours autant de plaisir à être meneur de jeu de rôle, d’ailleurs, quarante ans après avoir commencé ce loisir. Si je devais résumer, je dirais que je suis dessinateur de métier, et scénariste par passion.


- Quels sont tes projets futurs ? Préhistoire ou fantasy ?

ER : Là encore, les deux. Préhistoire en bande dessinée, avec un nouveau projet sur lequel je travaille actuellement autour du site du Rozel. Un sujet passionnant pour lequel je reprends ma plume d’auteur et mes pinceaux de dessinateur avec grand plaisir. Préhistoire et fantasy en jeu de rôle, pour plusieurs projets actuellement en chantier, dont la suite de Würm, bien sûr, et d’autres dont il est encore trop tôt pour parler.


 

Vous pouvez retrouver tout son travail directement sur son site : www.roudier-neandertal.blogspot.com

Vo' Hounâ

210 pages

25,5 x 36,5 cm

62€

Édition limité 500 ex

Collection : Graffitis

ISBN : 979-10-96137-15-2



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